CHARRON, De La Sagesse, 1783

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Pierre CHARRON, De La Sagesse, Paris, JF. Bastien, 1783

XXVIII + 768 pp. + portrait gravé en frontispice + gravure hors texte reprenant la représentation allégorique de la sagesse parue dans les éditions elzévieriennes. in-8 13,5 x 20 cm. Reliures plein cuir, frottements, nombreuses craquelures du cuir sur les plats, certaines anciennement comblées par une cire (?). Papier frais, toutes tranches marbrées.

De la Sagesse de Pierre Charron est un texte qui inspirera tous les libertins érudits du XVIIème siècle. On le comprend mieux en lisant cet extrait :

“L’autre disposition à la sagesse, qui suit cette première, c’est une pleine, entière, et généreuse liberté d’esprit, qui est double, savoir de jugement et de volonté. Pour la première du jugement, nous avons déjà assez montré, que c’est faiblesse et sottise niaise de se laisser mener comme des buffles, croire et recevoir toutes impressions ; que les ayant reçues s’y opiniâtrer, condamner le contraire, c’est folie, présomption ; persuader et induire autrui, c’est rage et injuste tyrannie. Maintenant nous disons et donnons donc une belle et des premières leçons de sagesse, retenir en surséance son jugement, c’est-à-dire soubstenir, contenir, et arrêter son esprit dans les barrières de sa considération, et action d’examiner, juger, poiser toutes choses (c’est sa vraie vie, son exercice perpétuel) sans s’obliger ou s’engager à aucune opinion, sans résoudre ou déterminer, ni se coiffer ou épouser aucune chose. Ceci ne touche point les vérités divines, que la sagesse éternelle nous a révélées, qu’il faut recevoir avec toute humilité, et soumission, croire et adorer tout simplement : ni aussi les actions externes et communes de la vie, l’observance des loix, coutumes, et ce qui est en usage ordinaire, non enim Deus ista scire, sed tantummodo uti voluit. Car en toutes ces choses il se faut accorder et accommoder avec le commun ; ne rien gâter ou remuer. Il en faut rendre compte à autrui : mais les pensées, opinions, jugements sont tous nôtres et libres.”

Ne voit on pas ici en germe les pensées de Descartes, de La Mothe le Vayer, Naudé ?
Quelle meilleure définition du libertinage érudit du XVIIème siècle ?

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